Making off : comment se réalise la BD Patateman

Mise en bouche

Vous vous rappelez, quand vous étiez gamin, et que vautré sur votre canapé avec la main dans le paquet de caramels, vous regardiez les tours de prestidigitation à la télé ? Vous vous souvenez du gugusse à la tronche enfarinée, sapé avec un costume bizarre, et qui déroulait de son chapeau des mètres et des mètres de rubans colorés, des lapins, des oiseaux ?.. Alors, avec des yeux ébahis, et le caramel coulant sur le menton, vous vous demandiez comment il arrivait à faire ça…

 Mais bon sang, quel était le truc ?!

 C’est un peu pareil quand on voit un film, ou qu’on lit un livre, une BD… C’est la même interrogation que quand on était un mouflet, «Comment il fait ça ?» ; surtout que dans la plupart des cas, les protagonistes enviés gardent jalousement leurs secrets, le coffre-fort cadenassé à triple tour…

 Mais Patateman n’est pas comme ça. Non. Comme la petite bouille rebondie de Patateman vous a mené jusqu’ici, et que c’est un hôte cordial, il va donc vous inviter à visiter les coulisses de sa BD en cours de réalisation ! Alors, prenez votre sandwich, mettez votre casque, on entre dans le chantier.

Au début était la Page blanche

 Toute BD marrante, curieuse, dramatique et/ou bizarre (ou tout cela à la fois) n’est d’abord qu’un vaste désert de blancheur délimité par les bords de la feuille. Mais avant que le crayon, le critérium ou le feutre ou autre chose investisse ladite feuille blanche, le vrai prologue, normalement, se déroule dans les neurones de l’auteur. Dans l’imaginaire de celui-ci, un premier personnage bourgeonne, avec ses bribes de caractère, puis d’autres protagonistes apparaissent… puis un premier embryon émerge des brumes de l’anonymat, une fin possible pointe son nez, et bien que tout cela reste relativement vague (ou pas), il est temps de passer le relais au stylo, afin de rédiger les premiers brouillons de scénario et autres jets d’idées.

 Dans le cas de Patateman, la Genèse a été un peu différente : tout a commencé en 2004, quand j’ai écouté un épisode de LMDMF (Le Monde De Mr Fred, feu l’émission radiophonique de Frédéric Martin), dans ledit épisode, Fred et le Dr Perchut ont trouvé un bébé Inuit sur le pas de la porte de la Forêt Magique, et après avoir renoncé à le bouffer, ils décident de le ramener chez lui au Pôle Nord, à dos de baleine.

 Ils retrouvent le village d’igloos, et apprennent via une chanson grotesque que le bébé Inuit s’appelle Patator, « Patator, protège-nous des pommes Lunor, des Doryphores… »

 De cette chanson loufoque a germé dans ma tête le petit Patateman, bon vivant et glandouilleur, qui fait sa première incursion dans le monde réel sous forme d’une illustration 3D Lightwave, en 2004.

Les origines : Patateman en 3D

Puis, je décidais de passer à autre chose ; ça aurait donc pu en rester là…

Sauf qu’en 2005, un collègue auto-entrepreneur, a trouvé marrante la trogne du patatoïde et me recommanda vivement d’en faire une BD, de créer tout un univers autour du légume et même de prévoir des produits dérivés ^^ ! Hmmm… défricher tout un petit monde pour une Patate ? Pourquoi pas ? Les défis un peu grotesques sont toujours à relever, si on ne se marre pas en concevant, autant changer de métier…

Bref, en griffonnant, les premières idées germent : un petit patatoïde au caractère espiègle, un bon vivant glandouilleur, aventureux et insouciant, doté d’une capacité d’inventeur à mi-chemin entre Gaston Lagaffe et Léonard de Vinci (mais plutôt Gaston Lagaffe). Il invente, entre autres, une potion pour grandir (très pratique pour contrer les Doryphores) et aussi une Machine à voyager dans le Temps (très pratique pour foutre la merde)… encore qu’au départ, je le voyais tout juste partir explorer le vaste monde après avoir manqué, dès le premier épisode, de finir à la casserole avec d’autres légumes. Les idées se précisent toujours quand on les met sur papier, et si le sujet nous inspire, cela peut prendre des ramifications imprévues et cocasses.

Les premiers brouillons permettent de fixer rapidement sur papier les idées, en attendant l’étape suivante : la réalisation des planches définitives.

Après avoir rédigé le scénario, premier brouillon d'idées rapide, avant le story-board.

Story-board et crayonné définitif.

Mais un story-board, même quand il s’agit d’épisodes courts comme dans la BD Patateman, représente une portion des brouillons préparatoires. Il est utile de préparer des croquis, même sommaires, des différents personnages avec leurs proportions, ainsi que des plans et croquis de divers décors qui émailleront les épisodes. Il y a ainsi toute une cuisine à préparer en amont avant de dessiner les planches définitives.

Croquis préparatoires, proportions, plans, ...

Et bien sûr, que ce soit pour créer des décors, animaux, plantes ou tous autres sujets, la recherche de documentation photo est un atout indispensable. Revues, photos personnelles et naturellement, ce vivier prolifique que constitue internet :

Docs et illustration

Rebelote

A l’assaut de la page blanche !

 Au tout début, les deux premières pages, Patateman était tout seul. Il était bien sûr évident qu’il fallait rajouter une note féminine avec sa copine Patategirl, ensuite des amis légumifères et des péripéties et autres catastrophes à provoquer, puis bien évidemment, des ennemis : les Doryphores.

 Quand plusieurs story-boards sont prêts, on passe à la version définitive. Dans mon cas, le papier sur lequel je travaille est du lavis Vinci. Pour les crayonnés, je préfère les critériums à mine 0.5 (ça m’évite, contrairement aux crayons, de tailler la mine), les originaux sont réalisés au format A4.

 Ensuite, la couleur. Avant l’arrivée massive du numérique et des logiciels, la plupart des dessinateurs de BD utilisaient encore, dans les années 1990, des pinceaux : ce sont des bâtons avec des poils au bout – pas raccordés à un ordinateur ! – et pour la colorisation, lesdits illustrateurs utilisaient généralement de l’encre.

 Personnellement, je préfère la gouache, qui permet plus facilement de retoucher (en couches un peu plus épaisses). D’autre part, la gouache qui a séché sur la palette est réutilisable dès qu’on la réhumidifie. Pour procéder de manière progressive : on démarre par de grands aplats de couleur délavée – histoire de «tuer» le blanc du papier – puis, une fois la dominante colorée obtenue, on passe aux détails.

Originaux à la gouache

 L’ordinateur étant d’une part un outil prodigieux comme un autre, et que d’autre part, il ne faut surtout jamais dire « bouteille, je ne boirai jamais de ton Punch Coco », je décidais après discussion avec un collègue, de réaliser une partie des pages suivantes en numérique avec Photoshop.

 D’abord, je scanne la page réalisée au trait noir (gouache) :

Original au trait noir (gouache pinceau, retouche au Tipex)

On commence à nettoyer dans Photoshop.

  On supprime la blanc du papier dans Photoshop, et dans différents calques, j’utilise l’outil Pinceau ou Lasso pour appliquer les aplats de couleur avant de les changer en dégradés (j’ai établi tout un nuancier pour me faciliter un peu les choses).

Aplats de couleurs, suivant les calques.

Puis les aplats sont transformés en dégradés.

 A l’heure où je tape ces lignes (début septembre 2011), il y a 16 pages couleurs finalisées (dont 14 en numérique) ; pour les Episodes à venir, j’ai l’intention de revenir à la colorisation « à l’ancienne », tout au pinceau. Ça donne un cachet typé qui se raréfie de nos jours.

 Un truc marrant : le dessin de Patateman, son aspect donc, a changé par rapport aux tous premiers rendus :

  Et une fois que j’ai, à force de crayonnés et rédaction d’épisodes, commencé à mieux connaitre le personnage et son caractère (inventeur, aventurier gaffeur et bon vivant), les thèmes de ses aventures ont changé eux aussi : au départ, il découvre tout juste l’environnement immédiat du champ de pommes de terre duquel il a germé, puis il en vient à inventer une Machine à voyager dans le temps et à remplacer le Père Noël qui est ivre mort la nuit de sa seule journée de travail de l’année… (à la demande de la Mère Noël, nettement plus avenante).

 Comme quoi, avec une pomme de terre, on peut faire bien d’autres choses que de la purée. Miam !

———————————————-

 Et après ? Actuellement, on concocte avec mes partenaires un Clip 3D de Patateman, je ne pourrai reprendre la BD qu’après avoir fini ledit Clip ; mais les épisodes en cours de réalisation (crayonnés finalisés, brouillons) figurent dans la version BD Patateman + Making of :

http://www.patateman.com/#/page-bd/3115850

Comment ça, je me fais honteusement de la pub ? De toute façon, il y a un extrait pdf gratuit à télécharger.

 A propos… vous avez des idées d’aventures, péripéties futures et autres Episodes potentiels dans lesquels seront compromis Patateman et ses amis ? * Alors inondez cette page de commentaires, ou submergez la boîte mail de l’imprésario de Patateman : patateman.com@gmail.com

* S’ils sont un jour transcrits sur papier, votre prénom ou pseudo sera bien sûr mentionné.

 Pomme 2 terrement votre,

  Roland

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Publié le 25 août 2011, dans MAKING OFF, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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